Ce que Mathilde vient chercher en Grèce, le sait-elle vraiment ? D'abord, elle ne s'attend pas à y rencontrer ce Grec hautain qui se prétend son esclave et la toise de ses yeux bleus, ce Sakis, vendu au sulfureux Ali Pacha. Comme tant de voyageurs du dix-neuvième siècle, comme lord Byron, le grand poète anglais, l'antiquité la fascine. Mais, depuis quatre siècles, le joug ottoman pèse sur le sol grec : aussi est-ce une tout autre réalité qui s'impose.
Dix-sept ans ont passé depuis les tragiques événements de la Révolution française de « Mathilde ou les Écirs de la Passion » et « Nul ne la prit fors le vent ». L'Europe se partage entre royaumes et empires. Le rêve de 1789 est-il donc éteint ? Non, partout dans les Balkans, les idées des Lumières essaiment ; et les Grecs dispersés chantent la Marseillaise dans leur langue. Alors, quand une ville entière se sacrifie à la cause de la liberté, hommes, femmes et petits enfants ; quand les klephtes, ces bandits d'honneur, bravent la mort et les supplices turcs ; quand les étrangers de toutes les nations viennent mourir à leurs côtés, le Sultan, à Constantinople, voit son Croissant se ternir.
« La Dioné d'Ali » évoque un épisode méconnu de l'histoire d'Europe et pose la question de l'individu, écrasé par un pouvoir implacable, et de son engagement. Quel peuple pouvait secouer sa servitude avec tant d'héroïsme ? A l'exemple de leurs glorieux ancêtres, les Grecs de ces temps-là conquièrent, dans le sang et dans les larmes, la dignité de l'éternel humain. Missolonghi n'est pas « morte mille fois » en vain.
L'amour de la Grèce est une vieille histoire pour Martine Maury. Après l'étude du grec ancien, qu'elle enseigne encore, elle découvre l'histoire moderne de ce pays. La guerre d'indépendance grecque lui inspire le sujet de ce roman qui ferme la trilogie de Mathilde. Pour l'écrire et s'imprégner de l'esprit de ces événements, elle parcourt les sites, assiste à la commémoration de l'Exodos, lit le journal du siège de Missolonghi... Cette conquête de la liberté est une épopée qui ne peut laisser indifférent.
Avec « Mathilde ou les écirs de la passion », « Nul ne la prit fors le vent », et « La Dioné d'Ali » Martine Maury a concrétisé cette envie d'écrire qui la tenaille depuis l'enfance. Et pour un coup d'essai, sa trilogie historico-romanesque ressemble fort à un coup de maître... Nul doute que ces trois tomes, remarquablement écrits sur un rythme soutenu combleront vos envies de lecture pour cette été.
Le Journal du Calvados n°88 été 2007
Après avoir passé enfance et adolescence à Brioude, en Haute-Loire, Martine Maury retrouve dans « Mathilde ou les écirs de la passion » ses profondes racines cantaliennes. À l'exemple de tant d'Auvergnats, elle quitte le pays natal et c'est de Normandie où elle enseigne qu'elle évoque ses chères montagnes. Avec Mathilde, elle pose la première pierre d'une trilogie qui met en lumière sa région d'origine pendant les révolutions du dix-huitième siècle, pour mener ses personnages jusque bien avant dans le dix-neuvième.
Dans « Nul ne la prit fors le vent » elle peint les remous de la Grande Terreur, en une mosaïque qui va de Saint-Flour à Paris, sur un rythme haletant. Fascinée par l'idéal qui portait les hommes du XVIIIe siècle, ce professeur de lettres explore les archives du Cantal pour retrouver leur trace. Cet idéal qui enflammera la Grèce.
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