Le « corps sans organes » est un emprunt direct au discours du délire schizophrène d’Antonin Artaud. En l’adoptant comme concept philosophique Deleuze parvient à une apothéose de l’anti-psychiatrie. La mutation est opérée par le recoupement de plusieurs pistes philosophiques sur le point qu’il définit. S’y rencontrent d’abord « le corps non organique de l’homme » chez Marx et « le grand corps inorganique » selon Bergson. A l’arrière-plan il y a chez Spinoza la méthode où il considère « les appétits humains de même que s’il était question de lignes, de plans ou de corps (corporibus) ». Le statut conceptuel est intégralement atteint dans le schématisme de Bergson où le plan du corps organique est surmonté par le volume du psychisme capable de supplémentation. Au niveau d’exemples plus concrets, le corps affranchi progressivement de ses organes est dessiné méthodiquement chez Raymond Ruyer.
Jean-Claude Dumoncel a publié entre autres Le jeu de Wittgenstein (PUF, 1991), Le symbole d’Hécate : philosophie deleuzienne et roman proustien (HYX, 1996), Les sept mots de Whitehead (Unebévue-éditeur, 1998), La tradition de la Mathesis Universalis : Platon, Leibniz, Russell (Unebévue-éditeur, 2002), Philosophie des Mathématiques (Ellipses, 2002) et La Philosophie telle quelle (Pétra, 2004). Il collabore à la revue History and Philosophy of Logic et, après avoir participé à l’équipe Academos des Archives Henri Poincaré, il enseigne la philosophie des mathématiques à l’Université de Caen.
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